Voici Magdala, ma mère. Elle s’appelait aussi Marie-Madeleine.

 

J’ai rêvé toute mon enfance d’avoir d’autres parents et quand, bien plus tard, je les ai « perdu »… J’ai espéré les avoir encore un peu. Mes parents appartiennent aujourd’hui à un temps précis de mon histoire. Un gros bout de mon passé. C’est la même tragédie pour tous les enfants. En y réfléchissant, je ne sais pas grand-chose d’eux. Feu ma mère était une artiste qui n’a jamais pu (ou su ?) s’exprimer. Qui n’avait ni media, ni œuvre, ni pratique artistique. Très tôt, elle était devenue mère de famille pour survivre. Un moyen primitif d’assurer sa subsistance, grâce à son pouvoir d’attraction et à des liens de filiation.

Puis, d’une façon ou d’une autre, elle nous a tous abandonné (l’entière fratrie) pour vivre sa vie. Pas qu’elle ait été une “pute”. Non, elle n’appartenait pas à son époque et elle ne savait pas comment faire autrement (je vous rappelle que ma mère était une artiste inadaptée aux contraintes matérielles). Ma mère faisait partie d’une espèce singulière, sorte de diva en représentation, capable d’improviser avec n’importe qui, n’importe où, sur n’importe quel sujet tiré au sort par les hasards de la vie. Lettrée, cultivée, instruite, intellectuelle, brillante, elle avait croisé Colette ou Cocteau, sympathisé avec Jean Marais ou Jean-Christophe Averty.  Mais la Vie nous a « forcé ». Forcé à vivre ensemble, alors que nous n’étions pas compatibles. Ma mère était folle (pas vraiment de la folie douce) et il était dangereux de lui désobéir. Ceux qui l’ont croisée dans l’intimité pourront témoigner, les autres croiront que c’est moi, le fou. Il faut dire qu’elle cachait sa dépression aiguë. Dépression pas soignée qui fût à la fois son arme, son fil rouge et sa perte. La plupart du temps, avec ses amis (comédiens ou artistes, eux aussi), elle était extravagante, elle était créative, elle était mondaine. Elle était tout court. Je me souviens aussi qu’elle aimait se déguiser et avait une vraie sensibilité à l’image. En exhumant ses archives photographiques, j’ai fait le pari de les exposer. En hommage à l’artiste qu’elle était au plus profond d’elle-même. C’est, aussi, pour moi, une façon de répondre à une question que je me pose depuis longtemps. Un grand photographe est-il juste un témoin de son temps ? Présent au bon moment et au bon endroit ? Le reste étant affaire de technique. Je me forge ainsi, un début de conviction. Et ma mère fait aussi partie de mes convictions. En exposant ici-même les œuvres de Marie de Magdala (un nom qu’elle adorait) c’est un début de démonstration. En parcourant ces clichés, vous croiserez des traces de notre vie de famille. Ce sont des résidus de l’infinie douleur qui nous a unie et dont nous vivons encore quotidiennement les conséquences. Voilà donc l’œuvre photographique de Marie-Madeleine dit Marie de Magdala dit « Magdala » tout court.  Au fait, j’aimais – aussi – ma mère !

 

Bonne visite !

 

MA
Mai 2017

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